Cast

Notre société a acquis une couleur, mais précisément le secteur culturel, qui se vante d’une ouverture auto-attribuée, est effrayé lorsqu’il est confronté à son propre fonctionnement. La percée de talents artistiques de couleur ne se fait que de manière lente et pénible, ce qui est anormal. Dans nos productions de théâtre, de cinéma et dans  les médias audiovisuels, les personnes de couleur sont  sous-représentées. Dans le domaine culturel, les mêmes mécanismes d’exclusion que dans la société au sens large sont en vigueur, bien que le ‘secteur’ ait remarquablement des difficultés à l’admettre. Pas de manque de publicité à la bonne cause mais encore moins d’excuses pratiques et autres pour concrètement changer les choses. Bien que cette plainte résonne sur tout le continent, il est déplorable de constater que les résultats sur ce terrain sont plus lamentables ici que dans les pays voisins.  L’impasse est souvent due à une combinaison infernale de l’invisible et de l’introuvable: les acteurs constatent qu’ils sont, aux yeux des réalisateurs,  producteurs,  directeurs de théâtre,  bureaux de casting etc., invisibles alors que ces derniers ont le sentiment que les acteurs sont introuvables. Ils opèrent dans des circuits parallèles, qui ne se croisent pas. Le but reste le ‘daltonisme’, mais en tant que démarche intermédiaire, nous devrions d’abord avouer une couleur: les acteurs  insistent, à raison, pour ne pas être considérés et traités comme un problème, pour être jugés avec les mêmes critères artistiques que  tous les artistes, mais ils constatent, à leur frustration, qu’ils ne peuvent pas se permettre ce luxe tant qu’ils ne sont pas reconnus. Par le biais de cette deuxième édition plus élaborée de African Cast nous espérons modestement contribuer à leur localisation.  D’après ce que nous avons pu remarquer, la pression à laquelle les acteurs sont soumis est de caractère binaire: premièrement, ils doivent rompre un bon nombre de barrières afin de réclamer, à l’égard de leur entourage, le droit de suivre leur voie créative; une fois cette liberté conquise, ils s’aperçoivent que les rôles proposés les replongent  dans les clichés qu’ils ont rejetés. Peut-être a-t-on besoin d’exemples, “un Depardieu coloré” et/ou “une Deneuve colorée”, dit Mata Gabin de sa résidence à Paris. Qui devraient alors être les exemples dans notre pays? Un Jan Decleir noir? Un Benoît Poelvoorde du Maghreb? Les acteurs contribuent à l’identification des films ou des pièces de théâtre. Leur présence sur l’affiche peut pousser le public dans la salle. Laissons les acteurs  acquérir une place dans notre mémoire, mais alors pour les rôles qu’ils ont joués et non pas pour autre chose. Laissons-les quitter la condition du Invisible Man de l’écrivain américain Ralph Ellison (son personnage noir n’était pas un fantôme ou un ectoplasme mais était invisible car les gens refusaient de le voir). Mais si leur photo orne un jour un t-shirt, faites que ce ne soit pas à la James Dean, que tout le monde connaît, mais dont presque personne ne sait qu’il n’a joué que dans  3 films, encore moins lesquels.
LEAF.
Le festival a aussi produit en 2005 le livre photos LEAF. Pour son dixième anniversaire le festival avait demandé au photographe belge Kris Dewitte pour portraiter 20 acteurs et actrices de Belgique et de France: Eriq Ebouaney, Carole Karemera, Aissa Maiga, Fatou Ndiaye, Bode Owa, Laurentine Milebo, Nolda Massamba, et beacoup d'autres.
Vous pouvez acheter le livre pour 20 euro.  

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